
Artist Statement
« Tout se répète, tout revient. Seul cet instant nous appartient. »
Andreï Tarkovski cite ce vers du poème de son père, Arseni Tarkovski, dans *Nostalghia*. Si l’on comprend ses mots comme signifiant que « l’existence du temps est circulaire, et qu’elle désigne à la fois la fugacité de la vie et l’éternel présent », ils entrent en résonance avec les fondements de la pensée orientale de D. T. Suzuki et de Nishida Kitarō, selon lesquels « la circulation de la vie et de la mort est en fin de compte la vie éternelle, et l’instant absolu est en lui-même le temps infini ».
En représentant un monde sans traces de l’homme ni du vivant — des « paysages de l’absence » — je souhaite suggérer des paysages d’avant l’humanité ou d’après l’humanité. J’en suis venu à cette idée à partir de rencontres décisives avec des paysages d’une puissance écrasante, presque sacrée, au cours de travaux de terrain menés en Italie, en Suisse, en Norvège et en Islande. Pourquoi suis-je attiré par des paysages primitifs dépourvus de végétation, d’animaux ou de toute trace humaine ? Parce qu’ils recèlent toujours une écrasante « absence ». Mais penser qu’il s’agit d’une absence n’est peut-être que le fait de ma conscience limitée. En réalité, dans le processus du temps immense qui a façonné la Terre, ces paysages aujourd’hui désolés ont pu, autrefois, être traversés par des eaux abondantes — comme nous imaginons Mars —, et abriter des animaux ou des villages humains. Ou bien, après une catastrophe, de nouvelles formes de vie pourraient encore y apparaître dans des dizaines de milliers d’années. Cette capacité à projeter l’imagination vers le passé et l’avenir est sans doute une faculté propre à l’être humain.
Claude Lévi-Strauss a dit : « Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui ». En voyageant non seulement dans l’espace, mais aussi dans un temps qui dépasse l’échelle humaine, nous pouvons peut-être reconnaître que nous-mêmes sommes des êtres éphémères, oscillant un instant dans un cercle de transformations où l’on disparaît pour renaître, et renaît pour disparaître. Cette prise de conscience peut nous inviter à réfléchir à l’avenir qui nous attend. En exprimant « la présence dans l’absence » — une absence qui contient l’immense circulation de la mort et de la vie — sous la forme d’un paysage intemporel, d’un éternel présent antérieur à toute séparation entre sujet et objet, j’espère éclairer notre époque en creux et conduire à une reconsidération de notre civilisation et de la position actuelle de l’être humain. Si le regard se pose sur la présence cachée au cœur de l’absence, et si l’on peut y ressentir le paysage du temps qui s’y déploie, j’en serai profondément heureux.
Akira Kugimachi

Artist Statement
J’ai longtemps poursuivi des paysages déserts et primitifs. Avec une fascination rappelant celle des films de science-fiction, j’ai pensé que saisir le monde à travers des paysages dépourvus de présence humaine — en le percevant comme une configuration spatio-temporelle dépassant l’échelle humaine — pourrait nous offrir certaines indications pour notre époque. Claude Lévi-Strauss a dit un jour : « Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui ». Ces paysages de « civilisation perdue », tels ceux que pourraient montrer des satellites artificiels restés après l’extinction de l’humanité, ou encore des scènes situées après l’humanité ou avant son apparition, acquièrent une perspective supra-temporelle embrassant à la fois le passé et l’avenir. Toutefois, il m’a semblé qu’ils comportaient aussi le risque de glisser vers une forme de misanthropie ou de défiance envers l’être humain.
Dans *La neige tombe sur une île du Sud* (1961) de Daisuke Katō, l’auteur — également acteur — raconte comment, en temps de guerre, au milieu d’un enfer fait de famine et de désespoir, il chercha à donner aux soldats l’espoir de vivre et le courage de continuer en organisant, avec leurs camarades, une troupe théâtrale dans les profondeurs de la jungle de Papouasie–Nouvelle-Guinée, où furent montées des représentations destinées aux soldats. Alors que les hommes mouraient les uns après les autres de maladie et de faim, il était d’usage de demander aux mourants : « Y a-t-il quelque chose que tu désires ? ». Un soldat gravement atteint de malnutrition aurait répondu, avant de mourir : « Je voudrais voir de la neige ». L’auteur décida alors de faire tomber la neige dans une pièce de théâtre : il étendit les parachutes blancs qui restaient et découpa du papier en petits morceaux qu’il fit tomber comme du sable scintillant, créant ainsi une scène de neige. À cette vision, trois cents soldats restèrent un instant figés dans le silence, puis, sans exception, se mirent à sangloter doucement, les épaules tremblantes. J’ai été profondément bouleversé par le fait que, dans des conditions aussi extrêmes, des hommes à l’agonie aient trouvé espoir et émotion dans la simple contemplation d’un paysage.
Dans *Terre des hommes* d’Antoine de Saint-Exupéry, l’auteur — lui-même aviateur et pionnier des lignes aériennes au début du XXᵉ siècle — décrit la noblesse spirituelle extraordinaire avec laquelle il survécut à un atterrissage forcé dû à un accident, errant pendant trois jours dans le désert, aux limites de la mort, avant de rentrer vivant. Ce récit, fondé sur une histoire vraie, se déroule lui aussi dans des conditions d’extrême dureté, au seuil de la famine, mais raconte comment, levant soudain les yeux vers le ciel étoilé, l’auteur est saisi d’émerveillement et s’oublie lui-même. À travers un dialogue avec le paysage, il se tourne vers les autres, les respecte, et avance jusqu’à ses propres limites : une célébration inconditionnelle de l’humanité. L’homme ne peut devenir fort qu’en pensant aux autres.
À l’époque contemporaine, que l’on appelle l’Anthropocène, nous vivons immergés dans des systèmes en nuage où flottent en permanence des informations incertaines, tout en étant tourmentés par une double angoisse : la destruction de l’environnement et les structures mondiales de division et de confrontation. L’environnement qui nous entoure est devenu si instable que nous pouvons désormais le ressentir physiquement. Si l’on replace la vie humaine — persuadée d’avoir compris le monde — et l’histoire de la Terre sur un même axe temporel, et si l’on considère que les douze heures représentent le temps écoulé depuis la naissance de la Terre, alors la période allant de l’usage du feu par l’humanité jusqu’à aujourd’hui ne correspondrait qu’à deux secondes. Durant ces deux secondes, combien de temps avons-nous réellement vécu sans conflits et dans la paix ? Peut-être pas plus qu’un battement de cils.
Nous qui sommes des nouveaux venus sur cette planète, il ne nous reste peut-être plus qu’à nous abandonner à nouveau au paysage, à ressentir l’immensité du temps, et à retrouver cette position simple consistant à le contempler. Et pourtant, si « ce n’est que lorsque le vent de l’esprit humain souffle sur l’argile que l’homme est façonné », alors il m’arrive de sentir qu’en regardant les paysages, et en marchant à l’intérieur d’eux, il nous est encore possible de découvrir à nouveau un mince rayon de lumière au cœur de notre propre esprit.
*Notes*
1. Claude Lévi-Strauss, *Tristes Tropiques*
2. Antoine de Saint-Exupéry, *Terre des hommes*
Akira Kugimachi

































































